*Raaaah, merde de merde! Je n'en saurais pas plus. Et ce feu... Non, mes chéris, non, pas ça...*Il était affolé. Lui qui n'élevait jamais ses émotions au-delà de la colère ou du mépris, il était animé par une peur primale, animale, du feu qui allait tout détruire, toute la pièce et ses enfants. Pourtant, il lui restait encore du temps, mais il avait peur, très peur. Il n'y avait pas que pour lui, mais pour les autres... Sentiment nouveau et inquiétant pour lui.
Il lui restait peu de temps. Il se releva, et frappa brutalement le centre de la pièce avec sa canne. Le bourdon resta planté dans le sol, vertical et légèrement bourdonnant. Il se remit en marche vers la bibliothèque où les dragonnets se trouvaient encore. Sans sa canne, il trébucha et failli se faire mal en tombant. Pourtant, il n'avait jamais eu de problèmes de jambe, il usait de cet articfice pour se donner du style; mais tant d'années à marcher avec une canne avaient fini par le rendre incapable de marcher normalement. Fichue politique, ce qu'on ne ferait pas pour elle...
Dans la salle, les dragions s'agitaient, attisés par l'odeur de fumée qui devait leur être familière. Sans aucun ménagement, il saisit l'oeuf et le plus jeune dragon dans les replis de sa robe, et donna un coup de pied dans l'aîné pour lefaire passer dans la pièce d'à côté.
"Bouge-toi, connerie, on ne va pas crever ici! T'a pas compris que le feu, ça brûle? Allez, avance!"Dans la salle où le feu commençait à regagner, il posa à terre ses deux fardeaux, et extirpa son bourdon du sol juste avant que l'aîné n'y plante ses dents (*Il semble aimer ça, le bougre, faudra que je le lui donne...*). Puis, il traça sur le sol une arabesque compliquée, sorte de pentacle renversé dont les bords semblaient étirés et recouverts de lignes recourbées, comme du lierre. Puis, il inscrivit ce motif dans un large cercle, qui faisait bien plus d'un mètre autour de lui. Toute sa "petite famille" était comprise dans ce cercle.
Il respira un grand coup, puis recommenca à puiser dans la magie de l'air. Le feu sembla se restreindre un isntant, l'air se faire plus lourd. Pendant près d'une minute, il resta en transe, absorbant avec chaque particule de son corps la magie qui l'entourait. Il y en avait dans l'air, dans les plantes, dans le feu, dans les pierres centenaires, dans les cadavres sur le sol...
*Ca ne suffira pas*A contrecoeur, il recommença à puiser le peu d'énergie qui restait dans les corps d'Hana et de son fils. Il avait horreur de faire ça, car en mourrant... Les deux personnes rendirent l'âme, vidées de leur énergie, et ce fut comme s'il avait reçu un coup en plein ventre. La douleur, la si grande douleur de prendre une vie pour son pouvoir! Il lui sembalit ressentir toutes les émotions que chacune des victimes eut ressenti durant sa vie. Il en avait le souffle coupé; des larmes de sang aux yeux, il tomba à genoux. D'habitude, il ne le ressentait pas autant, mais deux personnes du même sang mortes en même temps, ajoutés au stress de la situation, lui firent perdre la tête tant il souffrait.
Puis il se releva, gorgé de puissance, aveuglé par la magie qu'il sentait battre dans ses veines comme son propre sang. Voilà pourquoi cette technique était interdite: il fallait sacrifier une partie de sa sensibilité pour acquérir le pouvoir, la force ne venait qu'à ceux qui en supportaient la douleur. D'ailleurs, il y a très longtemps (combien de temps?), un autre homme en robe noire lui avait ainsi claqué entre les doigts, le laissant hurler la mort qui se déversait en lui. Mais il avait survécu, et maintenant, il était si fort, si bien!
D'une voix forte et assurée, il pronoça les mots du puissant sortilège qui lui trottait en tête.
" Ashonaï Ebiris Urshoring Kvanti Pythan N'gurad Feringomalee ..."... mais à la périphérie de son champ de vision, il voyait le plus jeune dragonnet s'éloigner. Il ne pouvait quitter le centre du cercle sans faire échouer le sort, aussi il tendit la main vers le jeune monstre et l'attira à lui par la simple force de sa volonté. Il était si fort, sur le moment, qu'il ne sentit pas un muscle se déchirer dans son dos. Le prix de la puissance: il en aurait mal pendant des jours, mais il n'avait tout simplement pas le temps de s'en occuper pour le moment. Tenant le reptile par sa queue, il cria la dernière syllabe de son sort...
"... Eïcliptaè !"Il y eut un mouvement dans l'air, puis une sorte d'explosion de lumière, et Eclipse disparut en compagnie de ses enfants. Dans moins d'une seconde, il serait chez lui, dans sa chambre, là où son sortilège l'avait téléporté. De là, il aurait tout le temps de voir ce qu'il devrait faire avec ces jeunes monstres.
Mais il avait le temps. Il se laissa griser par le puit d'énergie qui l'entourait tandis qu'il se dissolvaient, lui et sa famille... Sa nouvelle famille...
[Pour ma part, c'est fini ici.]
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GRaaaaaAAAAaRRrrrRRaAHhhhHHHHHH!
Cette nuit est ta dernière nuit...